Arts

Jürgenson et ses fantômes à la Gaîté Lyrique

Jusqu’au 17 juillet 2016 se tient l’exposition « Extra Fantômes » à la Gaîté Lyrique à Paris. Parmi des œuvres plus intrigantes les unes que les autres, on tombe sur une étrange installation permettant de communiquer avec les morts, et qui tire son origine d’un artiste suédois du nom de Jürgenson…

Extra_fantomes

Photo : Louis David Najar

En explorant les couloirs de l’exposition « Extra Fantômes. Les vrais, les faux, l’incertain » qui se déroule du 7 avril au 17 juillet 2016 à la Gaîté Lyrique à Paris, on est surpris par l’étrange installation qui se trouve dans la salle « Aux frontières de l’inexplicable », intitulée Oui Ja (2013). Cette œuvre, sculptée dans le bois, est signée Mathieu Schmitt. La notice indique qu’il s’agit d’un appareil permettant de détecter les messages de différents défunts. Elle nous invite aussi à les « décrypter ensemble au fur et à mesure qu’ils s’écrivent »…

Selon le même principe que la table de ouija, des lettres, des chiffres et de courtes phrases y sont inscrites, de façon à retranscrire les « messages » des morts. Mais l’oeuvre a la particularité de reposer sur trois vérins commandés par un système électrique appelé « Arduino ».

OuiJaGaiteLyrique

Par son propre poids et selon l’inclinaison du plateau, le bras pivote et indique une lettre, un chiffre, « oui », « non » ou « au revoir ». Photo : Lucas Hesling.

Ce dernier interprète les signaux radio captés sur la fréquence Jürgenson (1485kHz), du nom de l’artiste suédois Friedrich Jürgenson (1903-1987) à qui Mathieu Schmitt a voulu rendre hommage. À côté de ses travaux picturaux et cinématographiques, Jürgenson s’est lancé dans l’étude de l’occulte et plus particulièrement du phénomène de voix électronique. Ce phénomène désigne tout message de un à plusieurs mots présent sur un enregistrement audio et dont l’origine demeure inconnue. De quoi faire froid dans le dos…

C’est en juin 1959 à Stockholm que Jürgenson se découvre une passion pour le paranormal. Alors qu’il réécoute l’enregistrement d’un chant d’oiseaux sur un magnétophone, il croit entendre une voix norvégienne presque inaudible. Ne voyant pas d’où pouvait venir la source, il revient sur les lieux de l’enregistrement avec son magnétophone pour essayer d’enregistrer d’autres sons. Il y capterait d’autres voix, dont celle de sa mère, qui l’appelle par un surnom qu’elle seule lui donnait… Jürgenson conclue donc qu’il est parvenu à recevoir des messages d’amis ou de parents défunts. Il abandonne alors la peinture, et c’est ainsi qu’il publie en 1964 ses découvertes et sa réflexion dans le livre Rösterna från rymdem, que l’on peut traduire par « les voix de l’espace ».

Jusqu’à sa mort, Jürgenson sera un véritable « chasseur » de fantômes. Muni seulement de son magnétophone, il part à la recherche des spectres et les exhorte à parler. La plupart du temps, Jürgenson se connecte sur la fréquence 1485 khz, qui finira par porter son nom. Il y capte des voix qui s’expriment dans plusieurs langues à la fois, dans un mélange de suédois, d’allemand ou de russe. Il paraît même qu’il aurait enregistré les voix de célébrités telles que Van Gogh, Albert Einstein ou… du masseur de Himmler ! Rien que ça !

Avec son ouvrage, Jürgenson attise la curiosité des pointures du paranormal, comme le parapsychologue allemand Hans Bender et sollicite entre autres l’intérêt de l’Université de Fribourg en Suisse mais aussi la Société Internationale du Paranormale – si si, ça existe ! Il faut savoir aussi que ses travaux ont influencé le développement de la musique acousmatique, dite aussi « musique concrète », qui tire ses œuvres du support même des sons enregistrés, conçues grâce à l’électricité.

La légende veut qu’après la mort de l’artiste, deux de ses amis remarqueront une étrange apparition sur leur écran de télévision. Après l’avoir immortalisée grâce à un Polaroïd, ils découvrent que sur le cliché se dessine le visage de Jürgenson…

Supercherie ou pas, l’histoire de Friedrich Jürgenson ne manque pas de fasciner, comme toutes les autres histoires et les autres œuvres qui hantent la Gaîté Lyrique pour une exposition aux frontières du Réel et de la raison…

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