Littérature

Notre avis sur « L’Origine du monde » de Liv Strömquist

La dernière bande dessinée de l’auteure Liv Strömquist, L’Origine du monde (Kunskapens frukt, 2014), a été publiée en France aux éditions Rackham le 13 mai 2016, en même temps que l’une de ses œuvres précédentes, Les Sentiments du prince Charles (Prins Charles Känsla, 2010), dans une édition revue et corrigée. En parallèle, une exposition à l’Institut Suédois à Paris en dit plus sur le travail de l’auteure-dessinatrice.

L-origine-du-monde

Source :www.editions-rackham.com

Avec ses nombreuses bandes dessinées engagées et satiriques, Liv Strömquist s’est faite la spécialiste des problématiques liées à la femme et au féminisme, et s’inscrit dans une lignée d’auteures féministes telles que Virginia Woolf et Simone de Beauvoir. À travers ses oeuvres satiriques, elle dénonce la société patriarcale et ses aberrations à l’égard de la femme. Pour cela, elle fourni un travail fouillé et riche en informations grâce à une multitude de sources, des ouvrages de référence à la presse en passant par la télévision.

C’est le cas notamment de sa dernière bande dessinée, L’Origine du monde. Vous l’aurez deviné, la traduction française du titre renvoie à la célèbre oeuvre de notre bon vieux Gustave Courbet, alors que le titre suédois, Kunskapens frukt, signifie « le fruit de la connaissance ». Dans les deux cas, Liv Strömquist annonce explicitement et sans détour le sujet de son oeuvre : le sexe féminin.

Dans son ouvrage, divisé en plusieurs chapitres thématiques, comme les règles ou l’orgasme, L. Strömquist déconstruit tous les préjugés et les stéréotypes sur le sexe féminin. En se basant principalement sur la littérature, elle passe en revue toutes les sources qui ont abordé la question du sexe féminin, que ce soit dans les domaines de la science, de la psychanalyse ou de la biologie, et ce de l’Antiquité à nos jours. Son travail minutieux lui permet de relever des contre-exemples, des absurdités et des incohérences dans le discours sur le sexe féminin perpétré à travers les âges. L’auteure cite toujours ses sources au sein même des vignettes, à l’aide d’astérisques, et celles-ci sont regroupées dans une bibliographie conséquente à la fin de la BD.

L’auteure-dessinatrice se sert aussi de l’humour pour véhiculer son propos et pour mieux aborder un sujet qu’elle considère encore trop tabou. La satire lui permet de mieux dénoncer le sérieux de « ces hommes qui se sont un peu trop intéressées à ce qu’on appelle les « organes féminins » » (titre de son premier chapitre) et qui ont mis en danger et en péril la sexualité des femmes et leur liberté.

L. Strömquist est une artiste pluridisciplinaire qui puise son inspiration dans son quotidien, dans tout ce qu’elle lit, ce qu’elle voit et ce qu’elle entend, que ce soit dans les livres, sur internet ou à la télévision. La force de l’auteure tient surtout à son écriture. Strömquist est une femme de lettres qui se sert de son dessin pour donner une dimension satirique à son propos. Son oeuvre plastique est elle aussi pluriforme. Tantôt en noir et blanc, tantôt en couleur, son texte et son dessin tendent à se transformer selon les sentiments et les émotions de l’auteure. Celle-ci s’amuse aussi avec une certaine intertexualité, qui consiste à commenter son propre discours à travers une voix off, ou par l’intermédiaire d’une narratrice. Ce qui fait aussi la singularité de la BD, c’est lorsque l’auteure illustre son propos en abordant le cas de la Suède, de ses artistes et ses auteurs.

L’Origine du monde nous étonne, nous surprend, nous fait rire et surtout fourmille d’informations que vous ignoriez sur le sexe féminin et son histoire. Plus qu’une simple BD humoristique, l’oeuvre de Strömquist pousse à la réflexion. L’auteure relève de véritables problématiques qui s’ancrent pertinemment dans notre société.

Par exemple, aviez-vous déjà remarqué que, dans les ouvrages scolaires de SVT, la « vulve » n’était jamais mentionnée ni même désignée, à l’inverse du pénis, qui quant à lui est largement abordé et illustré ? Comment peut-on encore, au XXIème siècle, après la soit-disante « révolution sexuelle », faire l’impasse sur la vulve et le plaisir clitoridien ? C’est le genre de questions que se pose Liv Strömquist et auxquelles elle tente d’apporter une réponse.

La dernière bande dessinée de L. Strömquist est une oeuvre brillante, sans détours et sans concession, et aussi hilarante que ludique. L’Origine du monde s’impose même comme un véritable ouvrage de référence intelligent et éclairant, comme une sorte de guide sur le sexe féminin, qui irait à l’encontre de tous ces ouvrages sur les « organes féminins » pensés et écrits uniquement par et pour des hommes, de saint Augustin à Freud en passant par des livres tels que La Question sexuelle exposée aux adultes cultivés (1906).

Un guide à placer entre toutes les mains, celles des femmes comme des hommes, mais aussi celles de toutes les adolescentes et adolescents en proie aux questionnements sur la « chose » si complexe et mystérieuse que les filles ont entre les jambes.

L’Origine du monde, Liv Strömquist, Éditions Rackham, publié le 13 mai 2016, 20 €.

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