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« Dans le noir », le monstre Hollywood dévore l’ambition artistique

Le 24 août 2016 est sorti dans les salles françaises le film Dans le noir de David F. Sandberg. Derrière cette grosse production hollywoodienne horrifique se cachait à l’origine une création originale et ambitieuse tout droit venue de Suède.

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Source : Warner Bros.

Un projet ambitieux… à l’origine

Dans le noir est produit par James Wan, le réalisateur et producteur de la saga Saw, et plus récemment de Conjuring et sa suite sortie le 29 juin 2016. En apparence, il s’agit de l’une de ces nombreuses productions hollywoodiennes qui surfent sur la vague du paranormal, à l’instar des productions Blumhouse (Paranormal Activity, SinisterInsidious). En vérité, le film tire son origine bien plus loin, du côté de l’Europe, et plus précisément au Nord, en Suède.

Derrière le nom de David F. Sandberg, le réalisateur de Dans le noir (le titre original est Lights Out), se cache un réalisateur de courts-métrages suédois, qui a fait ses premiers pas et a connu un premier succès sur le web avec toute une série de courtes vidéos horrifiques publiées sur Youtube (sur sa chaîne « ponysmasher »).

L’une d’entre elle, Lights Out, a récolté plus de 12 880 000 vues. Ce petit film a été réalisé en 2013 dans l’appartement du réalisateur. Deux ans plus tard, il est contacté par le producteur Lawrence Grey qui lui propose d’adapter son court-métrage, qui d’un film court à petit budget de 2 min 42 passera à un long-métrage d’1h21 produit par le gratin du blockbuster horrifique hollywoodien.

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Source : Warner Bros.

Le revers de la médaille

Théoriquement, on ne pourrait que saluer l’engagement de donner la possibilité à un jeune auteur de développer son oeuvre d’origine à une plus grande échelle et avec plus de moyens, d’autant plus qu’il faut s’estimer heureux que les producteurs n’aient pas simplement « volé » l’idée d’un Européen pour la développer sur son territoire avec un autre réalisateur, comme Hollywood peut avoir coutume de le faire lorsqu’il découvre des oeuvres originales produites ailleurs que chez lui. De plus, l’actrice récurrente des courts-métrages, la suédoise Lotta Losten, figure dans la première séquence du film. Mais si Hollywood n’a pas volé l’oeuvre de David F. Sandberg, il l’a complètement dévorée.

À travers ses courts-métrages minutieux et angoissants, le réalisateur aborde les thèmes de l’insécurité du confort matériel et des fantômes urbains qui perturbent le quotidien paisible d’une femme (on pense à The Ring ou a Dark Water). S’ils glacent d’effroi, c’est par leur mise en scène minimaliste et presque exempt de parole qui laisse place à des jeux de bruits et de silence, de lumière et d’obscurité, à la chaleur et au froid, au certain et à l’incertain, à l’humain et à l’inhumain. David F. Sandberg s’est créé un style, et ça grâce à une liberté que le web lui permet.

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L’actrice suédoise Lotta Losten. Source : Warner Bros.

D’une oeuvre inventive à un énième film paranormal insipide

En prétendant adapter Lights OutDans le noir va à l’encontre de tout ce qui fait le style du réalisateur. James Wan en fait un énième film insipide sur le paranormal, bardé de jump scares (procédé cinématographique qui vise à faire sursauter le spectateur par un élément surgissant dans le plan et par une augmentation brutale du son) filmés par une caméra parkinsonienne, là où les courts-métrages de Sandberg privilégiaient le silence et la fixité de la caméra.

Alors que les films courts étaient dénués d’intrigue, celle de Dans le noir respecte la trame narrative habituelle des films sur le paranormal et en reprend tous les ingrédients : un enfant qui voit des esprits, une jeune femme à la recherche de son passé, une vieille femme caricaturalement hystérique, le tout sur fond de drame psychologique alambiqué qui retrace le passé du fantôme traqué. Beaucoup de psychologie et de screamers pour pas grand chose.

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Source : Warner Bros.

Dans le noir est donc l’exemple typique de la façon dont Hollywood s’attaque à une ambition artistique originale venue d’ailleurs, et de la façon dont elle en tire profit pour la noyer dans la masse d’une production commerciale, en témoigne le succès du film qui a accumulé 289 021 entrées lors de sa première semaine d’exploitation en France, ce qui le place à la troisième place du top 40. Tant que ça marchera, Hollywood ne se gênera pas.

Preuve en est puisque, après le succès du film, Warner a décidé de lancer une suite, et David F. Sandberg est en plein tournage de Annabelle 2, produit par … James Wan. Heureusement qu’à côté de ça, le jeune réalisateur suédois continue ses créations sur internet.

Dans le noir (Lights Out), de David Sandberg, avec Teresa Palmer, Gabriel Bateman, Billy Burke, Maria Bello et Lotta Losten. Distribué par Warner Bros. Pictures. Durée : 1h21. Sortie le 21 août 2016.

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